Où sont les documentalistes 2.0 ?

La documentation 2.0, voilà un concept qui me plaît. Des documentalistes-geeks, centrés utilisateurs, qui cherchent à ré-inventer leur métier sur la base de ce qu’Internet et les nouvelles pratiques du Web ont changé, c’est salutaire. Alors je leur dis: rassemblez-vous, et inventez ensemble.

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Un néomarketing implique une culture de contenus

Après Guillaume Buffet, qui réagissait à mon analyse “Pourquoi les chefs de produits ne comprennent-ils rien à Internet“, Emmanuel Parody, sur son blog Ecosphère sur ZDNet réagit à son tour en ajoutant quelques éléments intéressants. Sa réaction m’a inspiré le commentaire ci-dessous. En résumé, pour faire du marketing web efficacement, il faut une culture de contenus.

Je pense que tout ça [le problème des marketeurs avec le web] est un problème culturel, une affaire de psychologie.

Nous réagissons toi [je parle à Emmanuel Parody, là...] et moi de la même façon car, au fond, nous sommes des journalistes, des gens de contenus. Toi, tu l’es actuellement. Moi, je l’ai été il y a longtemps, mais c’est une culture que j’ai conservée.

La culture d’un marketeur n’a rien à voir avec celle d’un journaliste. Le journaliste, il cherche à rendre service à un lecteur en lui donnant une info, ou une vision des choses, qui va l’éclairer. En ce sens, il est web-compatible (ouf !) car il doit être centré sur l’attente du lecteur. L’internaute, comme le lecteur, vient chercher une info ou un service sur un site. Le reste, il s’en tape. La crédibilité du journaliste, c’est vital (ce n’est pas pour rien que la presse quotidienne crève lamentablement).

Le marketeur “classique”, il est centré sur sa marque, ses objectifs, ses ventes, son message, son mix, etc. La satisfaction du client, c’est l’affaire du designer du produit, de la R&D, de tout ce qui précède la mise sur le marché. Au stade du marketeur, ce qui compte, c’est d’occuper un espace mental dans l’esprit des cibles. Pas de leur rendre service. La crédibilité du marketeur, ca n’est pas très important. Quand on assome son prochain (à coup de pubs), on n’a pas besoin de le convaincre qu’on a raison.

Voilà en partie pourquoi je pense que seul un changement de paradigme, ou de culture, peut aider les marketeurs à vraiment exploiter ce média. Tant qu’ils ne feront pas cet effort [comprendre le média], ils continueront à nous pondre des sites “gnagna gnagna gnagna” misérables dont tout le monde se fout et à gaspiller leurs budgets.

Le buzz en tube, ou comment gaspiller son budget marketing

Le buzz, c’est le mot-clé à la mode du marketoche ces temps-ci. Guillaume Buffet (encore lui) attire mon attention sur un site complètement naze de SFR. Un chef d’oeuvre de “buzz en tube”, qui le fait râler (Guillaume), comme Jean Pierre Coffe râle contre le jambon polyphosphaté. Et bon sang qu’il a raison ! Singer l’humour des vrais gens, ça ne marche pas plus sur le web que d’inventer une blogueuse fictive qui va parler d’un peeling Vichy. Sur le web, il faut un autre marketing. Où on ne prend pas les gens “pour des cons”. Explications.

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Pour un néomarketing. Le publicitaire Guillaume Buffet répond au Museau

Après mon billet intitulé “Pourquoi les chefs de produit ne comprennent-ils rien à Internet ?“, je me suis dit que ça pourrait intéresser Guillaume Buffet avec lequel j’avais fait une petite partie de ping-pong via blog interposé l’année dernière sur le thème du néomarketing.
Guillaume est un publicitaire (et photographe, dixit son blog), Directeur Général de Singapour (”Agence de publicité relationnelle”), ci-devant Président de l’Internet Advertising Bureau France (2001 /2005), administrateur du Club Sénat (et on s’arrête là pour les titres ronflants). Bref, un vrai pubard.  Suite à mon billet, donc, je lui envoie un petit email pour savoir ce qu’il en pense. Sa réponse est ci-dessous. C’est du spontané, envoyé à 6h50 du mat. L’avenir appartient à ceux qui… ont compris le web.
Je le publie sous forme de billet, avec son accord et en le remerciant chaleureusement d’accepter de jouer la guest star dans le Museau numérique. Si ça en tente d’autres

Que dire ? Merci sans doute : ton billet synthétise (hum) ce que j’essaye de faire passer à mes clients sous le nom de marketing 2.0. J’ai déjà la preuve via de nombreux exemples que CA MARCHE. Et que - corollaire à ton propos - le sacrosaint marketing viral - couille bite cul caca neuneu - qui correspond assez bien à ta définition du “marketing d’avant”, en fait, - a ses limites :

  • limites spacio temporelles(!) : une fois que l’on verra 100 films débiles par jour, on va un peu se lasser
  • limites “intellectuelles” ensuite : tout produit, toute marque ne peut pas être réduit à une analyse en dessous de la ceinture ou du niveau de flottaison d’un cerveau normalement constitué.

Or, 100 % du “web-des-publicitaires” (le marketing viral) sombre dans la débilitation. Ca fait marrer, ça détend, ça occupe bien notre “part de cerveau disponible” (définition de la mission de TF1 par Patrick Le Lay). Full stop.

Une fois donc que l’on aura épuisé ce nouveau nirvana, qu’est ce que les publicitaires on-line vont devenir ?

Ils vont devoir comprendre tout ce que tu racontes ci-dessus + un élément : oui, la publication de contenus est vitale - indispensable - pour une mise en relation “éthique” de la marque et de son futur consommateur. Mais, en plus, que si la marque s’efface derrière ses prescripteurs, la qualité, la crédibilité, la finesse de ces contenus n’en sera que meilleure.

En discutant récemment avec un directeur marketing (si, si) - qui vit en Californie ! nous en sommes arrivé à la conclusion que la phase ultime du Marketing 2.0 - ou néomarketing - sera le jour où sa marque acceptera de faire de son site corporate (ou son site produit peut-être) un wiki, totalement éditable et publié par ses clients et consommateurs.

Voici quelques exemples en phase avec ton discours :

  • w900 dans Google.fr : premier lien vers mon blog (je ne suis pas payé pour). Mais le trafic que cela procure est incroyable. J’imagine que cela influence beaucoup plus les ventes de ce téléphone que toute action pub on-line
  • projet décisionnel” dans Google France : 3° ou 4° lien : www.decisio.info. Un magazine on-line que je publie depuis plus de trois ans pour le compte de SAS (éditeur de logiciels de décisionnel). Plutôt que de répéter à longueurs de messages publicitaires à destination des cadres sup que SAS est la meilleure solution décisionnelle au monde, nous publions donc un magazine qui analyse la prise de décision, chez les joueurs de poker, les négociateurs du RAID, les chefs de tribu, … ou en entreprise (quand-même). Résultat des courses, un premier contact “non commercial (marketing ?)” entre la marque et le consommateur. Si celui-ci se sent en phase avec notre discours, il entame ensuite un parcours plus classique (je me rends sur le site de SAS).

Ton analyse est donc déjà mise en oeuvre par de très rares acteurs (en toute honnêteté, je n’en connais pas beaucoup d’autres que nous - et hop, un coup de pub). Et ce qui est formidable c’est que CA MARCHE. Aujourd’hui, plus de 50% du trafic de decisio.info provient de Google. Et lorsque nous avons édité un bouquin des 3 premières années de contenus, cela a aidé les commerciaux de SAS à obtenir des RV commerciaux.

Comme quoi, même du 100% technique, BtoB, peut-être analysé et traité avec un nouveau regard marketing.

Voilà ma réaction du matin.

L’impression chez Lulu

lulu.comLulu, ce n’est pas Lulu la Nantaise, celle “qui en buvait au petit déjeuner”, comme disait Bernard Blier dans les Tontons Fligueurs. Lulu, c’est Lulu.com, un site qui permet à tout le monde d’imprimer des livres, de les vendre, et de gagner plus de sous qu’en passant par un éditeur. C’est aussi un site américain qui vient d’ouvrir en Français, avec quelques défauts.

L’idée est simple: vous avez écrit un livre, une brochure, ou bien vous avez conçu un calendrier. Pour tout un tas de raisons, votre oeuvre n’intéresse pas les éditeurs. Peut-être intéresse-t-elle un trop petit public. Peut-être a-t-elle été jugée inintéressante par l’éditeur. Peu importe la raison. Lulu vous évite de vous ruiner en édition à compte d’auteur. Vous créez gratuitement un compte chez Lulu, vous envoyez votre fichier via l’interface de gestion, vous choisissez le format, le type de reliure, de couverture, la couleur, etc. Vous envoyez l’image de la couverture et du dos. Lulu vous indique le coût de fabrication. Vous fixez vous-même le montant de vos royalties.

Et hop ! Ca y est. Votre livre est en vente. Vous n’avez plus qu’à vous occuper de la promotion.

Chaque fois que quelqu’un achètera un exemplaire, vous toucherez automatiquement vos royalties. Le prix de vente correspond au prix de fabrication, plus les royalties, plus 20% des royalties pour que Lulu puisse nourrir sa petite famille. Exemple: votre livre coûte 5 EUR à fabriquer. Vous voulez 10 EUR de royalties. Lulu prend 2 EUR de commission. Prix public: 5+10+2 EUR = 17 EUR. Comparé avec de l’édition classique, vous touchez 10 EUR avec Lulu là où un éditeur vous en donnerait à peine 2.

Seulement voilà: Lulu n’est pas éditeur. C’est un imprimeur. Chaque livre est imprimé à la commande, une fois l’achat effectué et payé. Il n’y a aucun stock. Lulu ne fait aucun travail de mise en page. Il prend votre fichier et l’imprime, en qualité professionnelle. Il ne le distribue pas. Il ne fait pas de promotion (hors de son site). De gros investissements en matériel d’imprimerie ont été effectué pour permettre l’impression haute qualité à l’unité à faible coût.

Lulu a été fondé en 2002 par le fondateur de RedHat, Bob Young. Il est interviewé sur 01.Net et on en parle aussi sur ZDnet.

Je trouve l’idée géniale et je suis sûr que le concept va marcher, à terme. Pensons à tous les profs qui éditent leurs cours sur des supports pourris de façon artisanale. Aux étudiants qui ont fini leur thèse et qui ne trouvent pas d’éditeur. Aux associations qui éditent des livres à petit tirage. Aux ouvrages de généalogies. Aux collectionneurs passionnés qui cataloguent leurs collections d’objets introuvables. Aux sociétés savantes. Et bien sûr, aux écrivains maudits.

Lulu exploite l’idée de la longue traîne: les entreprises classiques cherchent à faire de l’argent en vendant beaucoup d’unités d’un nombre limité de produits. Il faut en fabriquer beaucoup, dépenser beaucoup d’argent en marketing et en communication pour pouvoir en vendre suffisament pour faire un bénéfice. Et on n’est jamais sûr que ça marche. Elles ont donc un petit catalogue car les stocks coûtent cher, tout comme la recherche et la distribution. Résultat, dans le domaine de l’édition, tout ce qui vend peu n’est pas économiquement rentable et donc n’est pas édité. C’est tout un pan de savoir qui reste inaccessible. La “littérature grise”.

On peut aussi gagner de l’argent en vendant une faible quantité unitaire d’un très très grand nombre de produits différents. Pour avoir un très gros catalogue permettant de générer globalement un chiffre suffisant en ne vendant qu’un petit nombre d’unités de chaque produit, on peut soit regrouper tous les catalogues du monde entier et fédérer des tas de boutiques. C’est ce que fait Amazon. Soit vendre ce que les gens produisent eux-mêmes et que les éditeurs ne jugent pas assez rentable. Et dans le domaine du livre, c’est énorme. Lulu.com a plus de 50 000 articles à son catalogue américain (ils font aussi dans le mp3, les images, les vidéos, etc.) et a vendu 65 000 ouvrages rien qu’au mois de mai.

Bien entendu, avoir son livre chez lulu ne garanti pas qu’il devienne un best seller. Mais ce n’est pas l’objectif. Si vous arrivez à vendre 1 000 exemplaires d’un ouvrage sur lequel vous touchez 10 EUR, ça fait quand même 10 000 EUR (au lieu de 2 000 chez un éditeur classique). Par ailleurs, l’argent n’est pas forcément le but d’un auteur. On peut vouloir être édité pour beaucoup d’autres raisons que de faire de l’argent. Comme par exemple la diffusion d’un savoir. La préservation de la mémoire. Etc.

La version française de Lulu.com est loin d’être parfaite. La traduction est très approximative. Les tarifs sont en dollars. Les frais de port sont indiqués à partir des États-Unis et les délais de livraison sont assez longs. Les dimensions des ouvrages sont en pouces. Et le site mélange allègrement l’anglais et le français dans l’interface, et les produits en anglais et en français dans la boutique. Il est même, sur le fond, assez compliqué et déroutant.

Mais ce n’est probablement qu’un début. Lulu a l’ambition de devenir l’ebay de l’édition. Pour y parvenir en France, il faudra une véritable présence, si ce n’est sur le territoire, au moins en Europe et plus qu’une simple traduction.

Bonne chance Lulu.

Pourquoi les chefs de produits ne comprennent-ils rien à Internet ?

Cet article est destiné à ceux qui gèrent des marques et se demandent par quel bout prendre le web pour vraiment en exploiter le potentiel de ce média. Il tente d’expliquer ce qui, dans la culture d’un chef de produit ou d’un directeur marketing est web-incompatible. Et il présume que, puisqu’ils ne sont pas plus bêtes que d’autres, les marketeurs peuvent évoluer.

Les générations de marketeurs qui peuplent les entreprises ont été formées à la logique du message. On leur a appris que pour vendre plus, il fallait pousser des messages simples dans les têtes de leurs cibles. Et comme la plupart des médias de masse (c’est-à-dire non Internet) sont parfaitement adaptés à cette forme de communication, ils sont devenus bons à ce jeu-là.

Ils ont développé un vrai savoir faire: comment définir le bon message pour le bon segment pour un produit donné. Et ils ont nourri -grassement- leurs confrères les publicitaires qui eux aussi ont développé leur expertise: comment faire passer le message définit par le marketeur dans un cerveau qui ne l’a pas demandé et qui, si on lui avait demandé, l’aurait probablement refusé.

La publicité est l’art de manipuler l’attention des cibles. Le marketing, celui de trouver quel message fera acheter.

Le succès de ces techniques a permis de structurer le modèle économique des médias écrits et audiovisuels. Quasiment tous vivent aujourd’hui grâce à la publicité ou, en tous cas, ne pourraient pas vivre sans. Avec toutes les conséquences que l’on sait sur leur indépendance et leur considérable perte de crédibilité auprès des masses populaires et laborieuses.

Mais le talent des marketeurs et publicitaires a une contrepartie: ils sont culturellement coincés dans le paradigme du message. Un paradigme qui a plusieurs caractéristiques (cumulées et dépendantes les unes des autres):

  • un message doit être le plus court possible car la plus grosse partie du coût, pour l’annonceur, c’est l’espace qu’il achète pour diffuser son message. Or l’espace coûte cher. Donc, il faut faire court. C’est bon. C’est beau. C’est Bosh.
  • comme les messages sont courts et que les cibles en reçoivent beaucoup de multiples sources, il faut les répéter souvent pour être sûr qu’ils sont imprimés dans suffisament de neurones. Ce qui augmente le marché de l’espace publicitaire. C’est bon. C’est beau. C’est Bosh.
  • il faut aussi que le message soit très simple puisqu’il doit être très court et compris par tout le monde. Au prix de l’espace acheté pour le diffuser, on ne peut pas se permettre de perdre ceux qui ne comprendraient pas le message. Plus c’est simple, mieux c’est. C’est bon. C’est beau. C’est Bosh.
  • comme la cible reçoit le message sans l’avoir demandé, il faut se forcer un passage jusqu’à son cerveau. L’art de la pub, c’est l’art d’enfoncer un coin dans le cerveau (Frapper l’esprit) pour que le message s’y instille. Il y a divers moyens : l’humour, la violence, porno-chic ou pas chic… Le plus souvent, on se contente du neuneu. C’est bon. C’est beau. C’est Bosh.
  • et bien sûr, un téléspectateur, ce n’est qu’une paire d’eyeballs ou plutôt, si vous préférez la métaphore périgourdine, c’est une oie qu’on gave. Elle ne répond pas. On peut donc lui parler via les médias comme on n’oserait pas lui parler en face, si la situation se présentait. On peut même le mépriser, le prendre pour un véritable crétin. Il n’y a pas de feedback. Si ce n’est dans l’augmentation, ou non, des ventes de l’annonceur. Sans feedback, les marketeurs et les publicitaires perdent aisément le contact avec la réalité. Connaissez-vous une seule personne au monde qui pourrait sérieusement et gratuitement vous dire en face: “C’est bon. C’est beau. C’est Bosh” ?

On pourrait continuer la liste. J’ajouterais juste un point: le modèle économique est très important. Sur les médias classiques, l’annonceur paye au moins 3 fois:

  • une fois pour définir quel message génèrera des ventes sur une cible donnée (analyse marketing)
  • une fois pour mettre en forme ce message afin de s’assurer qu’il parvient jusqu’au cerveau des cibles (art publicitaire)
  • une fois pour le pousser effectivement vers les cerveaux en question (achat d’espace, diffusion).

Le coût le plus élevé est toujours le troisième poste.

Passez donc quelques années à penser en ces termes et à percevoir des revenus en fonction de l’efficacité de ce système. Vous ne serez probablement plus capable d’envisager de vendre quoi que ce soit sans recourir au gavage de votre cible avec des messages simples, courts et d’autant plus efficaces qu’ils sont répétés.

Pour savoir quels messages sont efficaces et lesquels ne le sont pas, il vous faudra des focus group et des sondages réalisés par des instituts spécialisés. Car vous aurez perdu depuis longtemps le contact avec votre consommateur. D’ailleurs, souvent, vous finirez par le mépriser, pauvre concept abstrait et si manipulable.

Ce formatage culturel, cette façon de penser, handicape puissament les marketeurs qui veulent utiliser le web pour vendre. Car le web fonctionne de façon totalement différente.

A ce stade, je précise une chose : mon propos n’est pas de dénigrer la publicité. La publicité, au service du marketing, est une arme efficace sur les médias classiques. Elle peut même éventuellement fonctionner sur le web. Seulement voilà : elle n’exploite pas le potentiel de ce média comme elle exploite celui des médias classiques. La publicité sur le web ou, pire, la démarche publicitaire, c’est comme le théâtre à la télé : ça marche, mais moins qu’un vrai film ou une vraie émission de télé. Exploiter vraiment le potentiel marketing du web implique une autre philosophie car ce média est très différent des médias classiques.

Mais reprenons la démonstration.

Le web n’est pas adapté à la transmission de messages. Il est adapté à la publication de contenus.

Le lecteur d’un journal, le télespectateur et l’auditeur ont-ils besoin des messages publicitaires qu’ils reçoivent ? Certainement pas. La publicité n’existe pas pour répondre aux besoins des lecteurs et télespectateurs.

Il y a bien un marché de la de la publicité, avec une offre et une demande. Mais on y trouve seulement l’acheteur et le vendeur d’espace. Celui qui reçoit la publicité n’est pas un acteur de ce marché. Le pékin n’a pas besoin de la publicité. Il la subit parce qu’il ne peut pas faire autrement s’il veut pouvoir accéder à des contenus et même, parfois, s’il veut pouvoir marcher dans la rue ou prendre le métro. Il n’achète pas la publicité et ne la vend pas. Il est comme une matière première destinée à être transformée. Pas un véritable acteur du marché.

Sur Internet, tout change. L’internaute est au coeur du média. C’est lui qui décide ce qu’il lit et ce qu’il voit, quand il le voit et comment (dans une certaine mesure). Le critère qui détermine ce choix, c’est un besoin informationnel. J’ai une question ? Je cherche la réponse en ligne. Je suis des liens pour arriver -ou pas- à ma réponse. Tout ce qui se dresse entre moi et ma réponse est pénible et je vais tout faire pour le contourner: bannières de pub, popups, mais aussi interfaces difficiles à utiliser, ou nécessitant une compétence ou un outil (ex.: plugin) que je n’ai pas.

Un site web sert à répondre aux besoins informationnels des internautes. La publicité est un obstacle à la satisfaction de ces besoins.

Là où le spectateur et le téléspectateur se trouvent dans une posture d’attente, de réception de contenus qu’on leur envoit généreusement, l’internaute est dans une dynamique de recherche informationnelle dont il maîtrise le déroulement et dont rien ne peut le détourner. C’est lui qui mène la danse.

Pour prendre une métaphore anatomique, dans le premier cas, c’est une oreille. Dans le second, c’est une main. L’oreille écoute, la main agit.

L’internaute a un besoin informationnel précis. Il se pose une question. Il cherche quelque chose. Au dessus de son crâne flotte un point d’interrogation, une question spécifique, un problème. A chaque page qu’il visite, sa question se précise, se transforme, se renouvelle.

Parfois elle donne naissance à d’autres questions au fur et à mesure de sa navigation. L’internaute passe alors des heures devant son écran en perdant conscience du temps qui passe.

Parfois elle se résorbe parce que l’internaute a trouvé les principaux éléments de réponse à son problème. L’internaute est alors pleinement satisfait.

Souvent, elle se complexifie au fil de la recherche. L’internaute jouit alors d’une forme de satisfaction teinté de frustration (ou l’inverse). Satisfaction d’avoir avancé dans sa recherche. Frustration de n’avoir pas encore abouti et de se heurter à une complexité accrue et inattendue.

Dans tous les cas, lorsqu’il est sur le web, l’internaute ne fait rien d’autres en même temps. Il ne mange pas son dîner comme il le fait en regardant la télé. Il ne conduit pas sa voiture comme il le fait en écoutant la radio. Cette activité lui prend toute son attention psychique.

Revenons au marketeur. Ses messages courts, simples, répétés, dont il force le passage jusqu’au cerveau des cibles par quelques artifices stylistiques, visuels et/ou sonores passent le plus souvent à côté du cerveau de l’internaute. Qui, pourtant, est tout prêt à recevoir quelque chose du site qu’il visite, puisqu’il le visite. Il n’y est pas arrivé par hasard !

Et c’est là le paradoxe du marketeur classique sur le web. Si l’internaute vient sur son site, c’est qu’il se pose une question en rapport avec l’univers informationnel du site. Mais si, en le visitant, il n’y trouve qu’un ensemble de messages simples, courts et répétés, destinés à être poussés vers son cerveau réticent… son réflexe sera de fuir vers une autre source d’information plus susceptible de répondre à sa question. Et il y en a des milliers à sa disposition, via Google.

En fait, tout se passe comme si des milliers de clients venaient tapper à la porte de l’entreprise pour lui poser des questions spécifiques et que les vendeurs leur répondaient avec des slogans débiles, répétés névrotiquement. Un dialogue de sourd que jamais l’entreprise n’oserait entamer par téléphone, par exemple. Mais que pourtant elle persiste à mettre en oeuvre sur le web.

Vous me direz que vous n’avez pas rencontré tant de sites de marque qui se contentent d’envoyer des messages simples, courts et répétés à leurs internautes. Naturellement. En passant quelques heures sur le web, même un marketeur attardé se rend bien compte que le format de ce média n’est pas celui de la pub. Les marketeurs ne sont pas des gens stupides (non, non…). Ils ont adapté la forme de leur communication à ce qu’ils pensent être ce média. Mais ils ne sont pas allés jusqu’au bout de la démarche. Ils restent coincés, comme nos amis de chez Vichy, dans une logique de message. Ils n’ont adapté que la forme de leur marketing, pas le fond.

Ils se sont demandés comment enrober les messages “façon web”, pour qu’ils passent mieux. Ils se sont dit qu’Internet était un nouveau canal, un nouveau vecteur, un “tuyau” à ajouter à la liste de ceux qui leur permettent déjà de pousser leurs messages. Ils n’ont pas vu qu’Internet n’était pas un tuyau car à l’autre bout ne se tient pas une cible, bouche ouverte, prête à recevoir leur nectar sucré pour se divertir ou s’occuper mais au contraire un internaute impatient et actif qui cherche la réponse à un problème précis.

Tout ce qu’ils mettent en oeuvre sur leurs sites a pour objectif, finalement, de passer des messages marketing. Fondamentalement, ils ne font pas confiance à l’internaute (à leur client), ils cherchent à lui forcer la main, à l’influencer, à l’entortiller. Bref: ils sont dans l’ancien modèle. Celui dans lequel la cible est passive et ne peut pas réagir et où c’est le marketeur qui mène la danse.

A force de manipuler des messages formatés pour les autres médias avec une certaine efficacité sur ces médias-là, les marketeurs finissent par croire qu’ils peuvent parler à leur cible à l’aide de cette mécanique quel que soit le contexte. Que ce mode est le mode normal de communication avec les clients. Mais, ceux qui utilisent une force de vente n’apprennent pourtant pas à leur commerciaux à prendre leurs clients pour des imbéciles capables uniquement d’enregistrer quelques thèmes préformatés. Et jamais un vendeur de chez But n’a hurlé aux oreilles des clients qui lui demandent un renseignement “Choisissez bien, choissez But” ! Preuve donc que le marketing peut s’adapter aux différents médias, quand il comprend l’enjeu (d’accord, je carricature. Juste un peu).

Répétons-le encore: je ne critique pas la démarche marketing classique, à base de message répétitif et clairs, pour le plaisir, parce que je ne l’aime pas. Je dis simplement qu’elle ne permet pas d’exploiter le potentiel marketing du web. Ca ne lui retire pas son intérêt, sur les médias classiques, voire même sur Internet.

Pour sortir de ce schéma qui, même lorsqu’il est un peu efficace (il l’est parfois), ne permet pas d’exploiter pleinement le vrai potentiel de ce média, il faut un saut quantique, une rupture paradigmatique ou, si vous n’en avez pas en cuisine, une paire de baffe administrée par les internautes (cf. Vichy).

D’abord sortir de cette logique. Penser le web non pas en terme de communication mais en terme de service informationnel. Le web n’est pas un média de communication. C’est un média de service. Il faut le découpler de la communication classique. Il faut penser votre site web comme si c’était un produit destiné à rendre un service aux clients, sans rapport direct avec le produit à vendre. Mais peut-êter avec un rapport indirect…

Et certains le font. Ils se demandent d’abord quels sont les besoins informationnels des cibles de leur futur site web au lieu de lancer site construit autour de ce qu’ils ont à dire à ces mêmes cibles.

Je vends des poussettes pour bébé. Exemple au hasard. Je peux construire le site de ma marque qui va faire rêver les futures mamans, trouver un ou deux gadgets interactifs pour créer du trafic, exposer mes modèles de produits, mettre des témoignages de mamans et papas heureux avec photos à l’appui (et vidéos). Je peux scenariser tout ça pour le rendre plus excitant. Grâce à une agence de pub qui va certainement m’aider à en faire des tonnes.

Seulement cette démarche est essentiellement centrée sur ma société et mes produits. Même si j’introduis un peu d’altérité dans cette vision (du genre le site d’une marque de surgelés qui ajoute des recettes de cuisine d’un chef parisien), elle est autistique. Plus précisément -et plus cruellement-: elle n’intéresse personne. Comme il est toujours plaisant de le dire à un chef de produit un peu égaré: ta marque, tout le monde s’en fout, mon vieux. Dans le monde réel, ta ménagère, elle a un môme sur les bras et son problème, c’est que la poussette rentre dans sa bagnole facilement. Ta marque, elle s’en tape. Répond à son problème d’abord.

On se doute bien que vous allez déballer sur le web toutes vos plaquettes, tout votre baratin marketing, vous êtes les plus beaux, les meilleurs, etc. Mais quel consommateur achète sur cette base-là lorsqu’il peut, d’un seul clic, accéder à des dizaines de commentaires d’utilisateurs de vos produits qui en révèlent les faiblesses que vous tentez malhabillement de cacher depuis des années ?

Il y a donc une autre démarche. Elle consiste à oublier un moment vos produits et à imaginer quel service informationnel vous pourriez rendre à vos clients. J’insiste: oubliez vos produits.

Démarche:

  • identifiez les besoins informationnels de vos clients/cibles (analyse de besoin)
  • identifiez les contenus qui répondent vraiment à ces besoins (j’ai bien dit contenus, pas message) (analyse éditoriale)
  • trouvez les moyens par lesquels la publication de contenus qui répondent à ces besoins crée un bénéfice pour l’entreprise (analyse neomarketing et organisationnelle). Je dis “neomarketing” pour souligner que ce n’est pas l’analyse marketing classique.
  • identifiez les moyens de produire ces contenus avec le maximum de crédibilité et d’authenticité (projet éditorial)
  • créez le site (projet Internet)
  • gérez-le dans le temps (animation éditoriale)

Nous sommes très loin de la logique publicitaire classique. On commence par les besoins des cibles plutôt que par les objectifs de l’entreprise car ce sont les cibles qui vont venir sur le site et pas le site qui va venir à elles. Il faut donc faire coincider les contenus avec leurs attentes. On est dans une démarche de la création d’un service et plus du tout dans celle de la communication d’un message.

Tenter de pousser un message précis qui ne répond pas nécessairement à la question spécifique d’un consommateur c’est comme essayer de faire rentrer le dentifrice dans le tube: on s’en met partout, ça ne marche pas et ceux qui assistent à ce spectacle lamentable vous trouvent grotesque.

Le modèle économique aussi est très différent. Car les coûts les plus importants ne sont plus dans la diffusion: combien coûte la création technique d’un site web ? Pas grand chose comparée à l’achat d’espace pour une petite campagne de publicité télé, radio ou presse écrite. Les coûts sont essentiellement dans la production de contenus. Vous n’avez pas besoin de rechercher quels supports sont vus par vos cibles. Vous vous demandez quels problèmes se posent vos cibles et vous créez le support qui y répond.

Les gains, également, se situent ailleurs. En rendant un service à l’internaute, plusieurs voies sont possibles pour valoriser sa satisfation pour l’entreprise. C’est là que vous devez déployer votre compétence marketing.

Faciliter la vie des jeunes mamans en leur donnant l’information ou le service informationnel dont elles ont exactement besoin, c’est crédibiliser la marque. C’est aussi organiser un espace informationnel qui, s’il répond vraiment aux besoins des cibles, peut devenir la ressource de référence dans ce domaine et le maîtriser. C’est donc avoir à sa disposition un outil de différentiation majeur des concurrents et une capacité de nuisance considérable à leur égard.

Enfin, l’état d’esprit de la démarche neomarketing Internet n’est pas celui de la “communication”. Si la communication est une affaire de manipulation psychologique et mentale, le web est une affaire d’éthique. Pourquoi ? Parce qu’en quelques clics, l’internaute peut comparer ce que vous racontez avec ce qui se dit ailleurs. Et tout discours biaisé, simpliste, exagéré, etc. peut être aisément percé à jour et ruiner vos efforts. Une éthique informationnelle, une réelle sincérité est donc indispensable pour emporter l’adhésion des internautes. Là aussi, les marketeurs classiques souffrent d’un problème culturel. C’est probablement le plus difficile à résoudre.

Jusqu’au moment où vous réalisez que la communication, celle qui se déroule dans les deux sens, la vraie, peut faire son grand retour car l’internaute génère du feedback. Il en génère directement en prenant contact avec vous, si vous lui en laissez la possibilité bien sûr. Ce qui est votre premier moyen de rentabiliser le service que vous lui avez rendu. Ce contact permet de transformer une relation de type 1 à plusieurs (1 to many) en 1 à 1 (1 to 1). C’est à dire d’épaissir, d’optimiser le lien, la relation à l’internaute jusqu’à la transformer en une relation “client”.

Mais, mieux encore, l’internaute prend la plume et écrit ce qu’il a à dire de vous, de vos produits, de vos univers de consommation non seulement en vous écrivant mais surtout en l’écrivant publiquement. Sur votre site, si vous lui offrez cette possibilité. Et sur le sien. Sans aucune possibilité de contrôle ni de censure de votre part.

Si vous pensiez qu’un internaute n’était qu’une paire d’eyeballs de plus à subjuguer, vous vous trompiez. Mais si vous pensiez qu’un internaute n’était, comme je l’ai expliqué ci-dessus, qu’un consommateur de contenus, vous vous trompiez aussi. Comme Tim Berners-Lee, l’inventeur du web, l’a toujours voulu, l’internaute est aussi et autant un contributeur de contenus qu’un consommateur de contenus. C’est toute la leçon du phénomène blog qui était en germe depuis l’origine du web et le sens du fameux concept de Web 2.0.

Oui, ce média donne le pouvoir à l’internaute. Il constitue une architecture informationnelle à laquelle tout le monde participe en produisant des contenus, à commencer par le consommateur. Ou, si vous préférez, une conversation géante, génératrice de messages dans tous les sens et dans laquelle vos messages marketing habituels sont inaudibles. Et cette conversation, parce qu’elle devient progressivement le lieu où se structure l’information liée à votre univers de consommation (donc à vos produits), cette conversation devient le lieu où se déterminent les actes d’achats.

Toute la question pour vous est de savoir si vous prenez part à cette conversation ou non et de quelle façon.

Web 2.0: traduction de "Mashups" en Français

Les mashups sont une composante essentielle du Web 2.0. Il s’agit d’applications web qui exploitent les données en provenance d’autres sources, d’autres sites web. Par exemple, myWikiMap qui permet d’enrichir les cartes générées par Google Map en leur ajoutant des informations provenant des utilisateurs, comme par exemple les coordonnées des stations essence les moins chères.

La question est : comment traduire le terme mashup. Dans Wikipedia.fr, le terme mashup renvoie vers “application composite”. Je propose d’utiliser l’expression “ratatouille”. En effet, la propriété de la ratatouille, c’est de mélanger des légumes très différents de façon harmonieuse, en créant ainsi un plat dont le goût est différent (meilleur) de celui de chacun des légumes mangé séparément.

“Notre service utilise la technologie des ratatouilles, dans l’esprit Web 2.0″ ça fait cool, non ? Je suis sûr que l’académie va adorer.

Utiliser Juice pour récupérer ses podcasts

Dans mon billet sur le lancement des podcasts de Radio France, j’ai parlé de Juice pour écouter les podcasts. Plusieurs internautes me demandent comment ça marche. En attendant une doc potable en français, voici quelques explications.

  1. Commencez par installer Juice et sélectionnez la langue française. Ca aide. (Tools > Language)
  2. Dans fichiers > Préferences, indiquez dans quel répertoire vous voulez que Juice enregistre les émissions.
  3. Ensuite, cliquez sur le bouton + et collez l’URL du podcast (allez sur le lien du podcast sur la page web du site web qui vous intéresse, copiez l’adresse du lien, collez-la dans juice).
  4. le podcast apparait dans la liste. Cliquez sur le premier bouton vert pour télécharger les émissions disponibles.
  5. Allez dans le répertoire de votre ordinateur que vous avez indiqué en 1. Votre fichier est là. Ecoutez-le avec le lecteur audio que vous voulez.

Est-ce clair ?

Linux dans un iPod

iPodLinuxJ’ai déjà dit que je n’achèterai pas d’iPod (et je l’ai même re-dit). Donc je n’en ai pas. Et je ne peux pas tester le iPod Linux Project qui a pour objectif de mettre un Linux dans votre iPod.

Quel monde formidable…

Merci à Emmanuel et à son commentaire dans mon post.

Digg.com, Fuzz.fr et la recomposition du quatrième pouvoir

Fuzz, le digg françaisDigg.com et Fuzz.fr sont deux sites que j’ai découverts récemment et dont le principe central est de nature, d’après moi, à chambouler sérieusement ce qu’on appelle dans la langue de coton “à la sciences-po”, le quatrième pouvoir, c’est-à-dire le pouvoir des médias, ou plus précisément, le pouvoir des journalistes.

Leur principe est le suivant: les internautes proposent des billets, généralement très courts et pointant vers d’autres sites qui, eux, contiennent l’information principale. Ces billets, une fois envoyés au site via un simple formulaire, sont placés dans une file d’attente qui est accessible sur le site. Tout internaute peut voir ces billets et voter pour ceux qui leur plaisent en cliquant sur un simple lien à côté du billet.

La suite est simple: les billets qui ont le plus de votes montent vers la page d’accueil, les autres stagnent vers le bas. Un système qu’Amazon utilise pour hiérarchiser les commentaires laissés par les internautes sur les produits. Chaque commentaire peut être évalué par les internautes et cette évaluation détermine quels commentaires ont le plus de visibilité.

Résultat: très efficace. Certes, Fuzz, la version française, peine un peu au démarrage. Car pour fonctionner efficacement, il faut une masse critique de visiteurs qui alimentent le site en brèves et surtout d’internautes qui votent. Mais Digg, la version anglaise, réussi fort bien l’exercice. Car les articles qui se retrouvent en tête de liste sont effectivement plus intéressants. Et les autres moins.

Bien sûr, c’est très geek. Par conséquent les thèmes abordés sont plutôt du genre de ceux de slashdot, la référence en matière de site participatif d’actualité commenté par les utilisateurs mais qui s’adresse surtout aux informaticiens, tendance Linux.

Mais le fait que les contenus soient plutôt geek reflète simplement la réalité sociologique des visiteurs du site qui n’est elle-même qu’une conséquence de la spécificité des populations qui connaissent l’existence du site. Il n’a rien à voir avec le principe de fonctionnement du site qui, lui, pourrait s’appliquer à n’importe quoi.

Cela ne doit pas masquer le phénomène principal qui est une réorganisation profonde du quatrième pouvoir. Oui, je sais, c’est un peu bateau comme expression, le quatrième pouvoir… mais bon, tout le monde connaît.

Réfléchissons un peu.

A mon sens, l’importance du pouvoir de la presse repose essentiellement sur deux fonctions principales:

  • la capacité exclusive de publier l’information vers la masse, de rendre une information disponible.
  • la capacité exclusive de générer de la visibilité pour une information, de rendre une information plus ou moins accessible.

Les oligarchies médiatiques
pourraient être dépossédées
de l’exclusivité du pouvoir
de décider ce qui est important
et ce qui l’est moins.Il y a quinze ans, si vous vouliez faire connaître quelque chose au monde entier, il fallait soit acheter de l’espace publicitaire, soit acheter un journaliste. Je veux dire convaincre un journaliste de l’intérêt de votre information. Et c’est lui qui, en reprenant l’information dans son média, vous offrait indirectement une possibilité d’expression. Vous pouviez aussi écrire un livre. Mais là encore, impossible de le diffuser sans passer par des intermédiaires (les éditeurs).

Aujourd’hui, si vous avez quelque chose à dire, avec un simple blog ouvert en 15 secondes, et un billet écrit en quelques minutes, le monde entier a potentiellement accès à votre géniale information. Les médias classiques, et les journalistes qui les incarnent, sont en train de perdre l’exclusivité de la première partie fonctionnelle du quatrième pouvoir: la maîtrise de la diffusion de l’information. Le pouvoir de dire.

Mais, pour qu’une information ait un impact, il ne suffit pas qu’elle soit publiée, c’est-à-dire disponible. Il faut qu’elle soit facile d’accès. Si on parle de vous en couverture du Figaro, c’est mieux que si vous vous retrouvez en page 35, en marge des cours de bourse. C’est la deuxième composante fonctionnelle du quatrième pouvoir: la capacité de générer de la visibilité pour une information en hiérarchisant la présentation des informations. En choisissant les gros titres, il n’y a pas si longtemps, les patrons de presse pouvaient faire et défaire des ministères. En enterrant une information capitale à l’intérieur du journal, on l’enterre parfois tout autant qu’en ne la publiant pas.

Qu’est-ce qui détermine qu’une information passe en couverture plutôt qu’au fin fond d’une rubrique ? Un choix arbitraire, décidé en petit comité (de rédaction) et qui, le plus souvent, est totalement dépourvu de la moindre imagination. Car les gens qui font les journaux, s’ils sont évidemment tous différents, ont tous cependant approximativement le même profil, les mêmes ambitions, les mêmes motivations, les mêmes formations et les mêmes intérêts, sans parler des mêmes pressions dont ils sont l’objet. De fait, tout en s’auto-persuadant de faire des choix très originaux, ils appliquent en réalité les mêmes raisonnement et les mêmes recettes, que ce soit dans le choix des informations qu’ils décident de publier que dans celui de leur hiérachisation.

Ce qui explique pourquoi les couvertures de nos journaux traitent toutes de la même chose quoique de façon un tantinet (un petit tantinet) différente.

Grâce à des sites comme Digg et Fuzz qui exploitent l’intelligence collective, ou le bon sens collectif, cette opération de hiérarchisation de l’information n’est plus effectuée de façon oligarchique mais de façon démocratique.

Est-ce mieux ? Pas nécessairement. On peut aisément imaginer les défaut d’un tel système. Mais quel système n’a pas de défaut ? L’important, c’est qu’il s’agit d’un système différent, qui modifie la donne informationnelle et présente une alternative à l’information “officielle” (c’est-à-dire générée par les processus classique de sélection et de hiérarchisation de l’information). Alternative non seulement dans le contenu informationnel offert, puisque les sites sont alimentés par les internautes, mais aussi dans la hiérachisation de ces contenus en fonction de leur importance ou de leur intérêt, puisque ce sont les internautes qui le déterminent collectivement.

Au final, si ce mode de présentation de l’information se répand, les oligarchies médiatiques pourraient bien être dépossédées de l’exclusivité du pouvoir considérable de décider ce qui est important et ce qui l’est moins.