Guillaume Buffet est un type cool. Je lui balance un billet limite flingage de première classe en réponse à un petit post plutôt marrant qu’il avait commit quelques jours plus tôt et voilà-t-y pas qu’il me répond, sur un ton très positif et qu’il se prononce pour un débat approfondi. Comme on dit chez nos amis les énarques et les journaleux de télé: il réclame un vrai débat, quoi. Ce mec me plait.
Merci donc, Guillaume, pour ta réplique. Les marchés sont des conversations, disais-je. Conversons, donc.
Ok, j’admet que j’étais polémique. La polémique peut être méthodologiquement productive. Ne serait-ce que pour attirer l’attention sur des trucs qu’autrement on ne regarderait pas. Mais elle peut avoir l’inconvénient parfois de semer la confusion.
Donc, mea culpa, mea maxima culpa. J’ai péché: j’ai été cynique, ironique et un peu excessif. Je vais maintenant essayer d’être plus précis. C’est promis, <doigts-croisés-dans-le-dos>je ne le referai plus </doigts-croisés-dans-le-dos>. Je m’autorise quand même un peu d’ironie et un peu de déconnade dans l’écriture. Ca, sur mon blog, on peut pas me le retirer (c’est mon Prozac à moi). Permets-moi donc de te titiller un peu, franchement, c’est amical, et compulsif. Je ne peux pas m’empêcher de faire le malin.
Ta réponse est intéressante, et les commentaires qui l’accompagnent aussi. Ca fourmille d’idées sur lequelles il y aurait plein de choses à dire. Seulement voilà, ta réponse, elle ne correspond pas vraiment à ce que j’ai dit.
D’abord, ton titre.
Tu dis que tu n’es pas un fan du “tout blanc tout noir”. Mais, avec un titre comme “Mort à la pub sur Internet ?”, tu ne fais pas dans la nuance. Ok, j’ai forcé le trait. Mais je n’ai jamais dit un truc pareil. Si tu l’as lu entre mes lignes, c’est que tes lunettes sont encore celles d’un “fils de pub”, malgré le “cul entre deux chaises que tu décris” plus loin dans le texte (et que je crois volontiers). Je n’ai jamais dit que la pub n’avait pas le droit de cité sur Internet. Donc je ne risque pas de défendre cette position. La pub a le droit de cité sur Internet. Dieu merci, ce n’est pas moi qui vais dire qui a droit ou pas de cité sur Internet.
Ce qui est bien, justement, avec Internet, c’est que les donneurs de leçon de morale sur ce qu’on a le droit d’y faire ou ou pas, tout le monde s’en cogne. Ce qui compte, c’est que ce que tu fais marche, que ça atteigne son objectif. Sur Internet, tu n’as pas besoin de demander la permission pour aller faire pipi… Ca a l’air con, mais en fait, c’est une Révolution. Imagine ce que ça va donner dans 20 ans. 2 générations qui auront eu dès le berceau l’expérience de la liberté d’expression totale, comme nous avons eu la télé et nos grands parents la radio (impression de liberté, puisque d’autres parlent à notre place). C’est vers un méga mai 68 qu’on court si la société ne tient pas compte de cette évolution. Donc, grande différence avec les médias de masse: sur Internet, les donneurs de leçons prêchent dans le désert. BHL n’a pas de blog.
Alors, et c’est là que je vois que j’ai affaire à un pro, tu nous sors des études et des graphiques. Bon, jamais aucune étude n’a démontré quoi que ce soit d’autre que ce qu’on avait prévu qu’elle démontrerait, surtout quand ceux qui la commanditent ont la même conception du monde -sans parler des mêmes intérêts- que ceux qui la réalisent. Regarde les études sur l’impact du P2P sur les ventes de disques, ou sur la supériorité de Windows sur Linux ou sur la nocivité des téléphones portables. A mon avis, une étude chiffrée en sociologie n’a d’intérêt que comparée à une autre étude chiffrée qui obtient des résultats différents et, qui donc permet la comparaison. Comparaison qui permettra peut-être d’apprendre quelque chose sur les différences de perspectives qui existent entre les différents analystes. Ce qui n’est pas inutile en soi. L’argument “cette étude démontre que…”, tu peux le faire dans un débat télévisé où tout est simplifié et où l’argument d’autorité émoustille la téléspectatrice, ou encore avec un chef de produit à cravate en tricot. Tu peux, bien sûr, le faire dans Stratégie… Mais dans la blogosphère, c’est plus dur…
Mais bon. Jouons le jeu de la contradiction.
L’étude Net.Impact 1 nous dit “en score brut, la reconnaissance des campagnes de publicité sur Internet est comparable à celle des campagnes sur les médias classiques”. Bien. Je vais faire un tour sur le site de l’IAB et je regarde les slides de l’étude (Remarque 1: je ne peux pas donner le lien direct vers les slides, il y a un javascript à la con qui ouvre le fichier. Remarque 2: les slides, datées de 1999 sont encore estampillées “strictement confidentiel”. Ok, ce sont des coups bas…).
Intéressante cette étude. Mais je ne suis pas franchement convaincu. Qui se rappelle des publicités télé et radio ? Qui se rappelle des publicités Internet ? Pour me convaincre, il va me falloir beaucoup d’autres études, organisées de façon vraiment indépendante du milieu publicitaire. Je ne fais pas de procès d’intention, je dis qu’il peut y avoir de sérieux biais. Par exemple, quand on demande à quelqu’un si un bandeau qu’on lui montre lui plait ou non, on se situe dans un contexte qui n’a rien à voir avec celui où l’individu surfe avec un objectif sur la page où figure ce bandeau. Je suis très sceptique. Sur cette question, je souscris intégralement à ce qu’écrit Jakob Nielsen.
La deuxième étude, franchement, je n’ai pas le temps de la lire (66 pages, pas des slides ce coup-ci. Ca devient sérieux. Il y a du business à faire).
De toutes façon, qu’est-ce que ça démontre? Que la pub en ligne aurait un effet proche de celui des médias classiques. Je n’y crois pas. Mais bon. même si c’était le cas. Ce n’est pas tellement la question, à mon sens. Je ne cherche pas à trouver un marché pour la publicité en ligne.
Ce que je dis, c’est que le web n’est pas un média comme les autres et j’essaye de comprendre en quoi. La conclusion à laquelle j’abouti, c’est que:
- c’est un média de contenus et pas de message
- il est centré sur un utilisateur actif qui accomplit une tâche en réponse à un besoin et non sur un spectateur passif qui cherche à se distraire ou qui n’a rien demandé de spécial (qui marche dans la rue).
Ma conclusion, qui devrait être le point de départ de toute réflexion marketing sur le média, c’est que sur Internet je vais chercher des contenus alors qu’avec les médias classique on pousse des contenus vers moi. Dans un cas, je subi, pour le meilleur et pour le pire (Guillaume, as-tu regardé plus de 30 secondes la “Première compagnie” sur TF1 ?). Dans l’autre, j’agis. Dans un cas je consomme passivement du divertissement, dans l’autre je cherche activement de l’information.
Et, par dessus le marché, voilà les blogs qui arrivent ! Non seulement je peux consommer activement de l’information, mais je peux même en produire et en publier. Et facilement. Et sans intermédiaire. Sans censure. En toute liberté. Y compris avec la liberté d’aller trop loin, et de tomber dans l’illégalité, d’avoir un comportement irresponsable, et d’en payer judiciairement le prix ! Chez les caves, on appelle ça un “changement de paradigme”. Chez nous on dit “une putain de révolution”, comme dirait Audiard. Comparer les médias classiques avec le web devient même difficile tellement ils sont différents. J’aurai envie de trouver un autre mot que média pour le web, le P2P, et tout ce qu’Internet nous réserve pour demain et de cesser ces comparaisons média classiques/Internet, car, plus j’y pense, plus je trouve qu’au fond, le web et la télé, le web et la radio, le web et la presse, ça n’a pas grand chose à voir.
Maintenant, je ne me place pas du point de vue du publicitaire mais de celui de l’entreprise -ou de l’administration, l’association, etc.- et c’est à mon avis la grande différence entre moi et Guillaume. Si l’objectif est de faire passer un message, admettons qu’il soit possible que la publicité sur Internet permette d’obtenir des résultats à condition sans doute d’appliquer certaines règles spécifiques au média. Mais, si l’objectif est de créer plus de valeur (pour une entreprise, augmenter ses ventes, pour une administration, mieux accomplir sa mission, etc.), bref, au sens large, de faire plus de “business”, alors pousser un message n’est qu’un moyen parmi d’autres pour y parvenir.
Certes, c’est le moyen principal sur lequel la société de consommation s’est construit depuis 50 ans. A tel point que tout le monde avait fini par croire que ça devait sans doute être le seul. On avait même changé le sens des mots. On nous a fait croire, par exemple, que la publicité était de la communication alors que la communication implique un échange discursif entre plusieurs acteurs et pas le simple envoi d’un seul message à une masse qui ne peut pas répondre. On a créé des écoles de “communication” où on apprennait à écrire des communiqués de presse pour des journalistes qui les reproduiront comme on leur a appris sans que jamais personne ne leur porte la réplique. Ca avait même contaminé l’espace politique… Pousser des messages n’a jamais été de la communication. Le premier mot qui me vient à l’esprit est péjoratif, mais je n’en vois pas d’autre: “gavage”.
On s’était donc résigné à subir ce mass marketing jusque dans ses travers les plus crétins, dans ses conséquences indirectes parfois les plus misérables: confiscation de la démocratie par l’aliénation de la presse à la publicité, nivellement culturel par le bas par la dictature de l’audimat, stimulation des tendances les plus viles (la violence avec les bagnoles, ou les séries américaines prétextes qui coupent les écrans de pubs au pays de McDo, la dégradation de l’image de la femme, la manipulation des enfants, etc). On se disait: comment lutter ? Puisque la publicité et cette logique de marketing de message fait objectivement vendre plus et que limiter la publicité c’est donc limiter la croissance, et que ce n’est pas ce que nous voulons, malgré tout. Comme disait Vladimir Illitich Oulianov, dit Lenine, “Que faire ?” (il est vrai qu’il parlait d’autre chose, et qu’il aurait mieux fait de se taire).
Avouons-le franchement, heureusement qu’Internet est arrivé, parce qu’on frôlait la rupture.
Je m’adresse donc à l’entreprise et je dis: le web n’est pas un média de message, c’est un média de service. Certes, on peut y pousser des messages. Mais quand on le fait, on n’exploite pas ce média à l’optimum. On fait comme ceux qui, au début de la télévision, trouvaient génial de pouvoir filmer des émissions de radio. Et comme ceux qui, au début de la radio, trouvaient génial de diffuser des lectures de livres et de pièces de théâtre. Chaque média nouveau a tendance à être compris et utilisé au début essentiellement pour ce qu’il a de similaire à ce qu’on connaissait déjà avant qu’il apparaisse. Si vous voulez pousser des messages, utilisez donc ces machines à pousser des messages que vous connaissez bien et qui fonctionnent bien pour ça. Eventuellement, si vous voulez, poussez-en sur Internet, puisque ça vous démange. Après tout, on peut aussi divertir les gens en leur diffusant des pièces de théâtre à la télévision. Et il faut bien que les publicitaires payent leurs impôts.
Mais si vous voulez vraiment exploiter ce média, si vous voulez vraiment parler de stratégie Internet, de marketing en ligne, alors on arrête les singeries et on revient sur terre: l’internaute a un besoin, il arrive sur Google avec ce besoin.
- Vous trouve-t-il ?
- S’il vous trouve, parvient-il à utiliser votre site ?
- Trouve-t-il la réponse à son besoin en utilisant sur votre site ?
- Créez-vous une relation de confiance avec lui ?
- Est-il plus près maintenant du passage à l’acte que vous souhaitez qu’il fasse (ex.: l’acte d’achat) qu’avant d’utiliser votre site ?
- Reviendra-t-il ?
Pour pouvoir répondre oui à toutes ces questions, ce ne sont pas de messages dont vous avez besoin. Ce sont des contenus. Des contenus qui créent de la visibilité. Des contenus qui répondent au besoin de l’internaute. Des contenus qui créent la confiance. Des contenus qui permettent/facilitent le passage à l’acte. Des contenus qui fidélisent.
Il faut donc donner -gratuitement- des contenus qui rendent service aux internautes. La pub, elle, se contente de pousser des messages qui ne leur servent à rien et qui- à la longue- nous emmerdent !
Ah, bien sûr, il ne faut pas oublier de faire un site qui fonctionne techniquement, qui est facile à utiliser et qui est agréable à visiter. Je range tout ça dans la catégorie “création de la confiance”.
Tu l’as dit, Guillaume, dans ton commentaire à mon premier billet: tu es globalement d’accord avec moi. Alors faisons avancer le Schmilblick. Ce qui compte, ce n’est pas de trouver des débouchés pour les pubards. C’est d’aider leurs clients à utiliser intelligemment ce média.
Tu dis que tu as le cul entre deux chaises, c’est parce qu’en réalité nous avons modifié le concept même de la chaise. Et sans doute, avec, le concept du cul. Internet modifie profondément la société. Il touche à ce qu’il y a de plus profond dans un modèle culturel et social: le rapport au temps et à l’espace. Il est donc difficile à penser. Il utilise des technologies complexes, obscures aux novices, qui évoluent très vite. Tout cela est complexe.
Tu dis que tu n’as qu’un orteil dans la communauté des blogueurs parce que tu n’es pas informaticien. Allons allons… Tu as parfaitement compris l’intérêt d’un blog, il suffit de voir le tiens. Tu sais bien qu’il n’y a pas besoin d’être informaticien pour être vraiment là-dedans. D’ailleurs, existe-t-il une communauté des blogueurs ? Les mômes de 15 ans sont dans cette culture sans être informaticien. Ca n’a rien à voir.
Tu dis aussi: “Je suis peut-être utopiste, mais je crois en la possibilité de voir cohabiter des “modèles économiques rentables” et des comportements associatifs désintéressés et constructifs.”. Là encore, tu ne vas pas assez loin. Tu ne crois pas assez dans le média. Le salut des entreprises sur Internet est dans la publication de contenus qui aident réellement les internautes. C’est leur intérêt business. Pas besoin d’être utopiste. Dépenser 500 KEUR pour envoyer des messages inutiles à des gens qui s’en foutent est moins rentable que de publier des contenus utiles pour des gens qui sont des clients potentiels et avec lesquels, par ce biais, on peut créer une relation. Et pour 500 KEUR, des contenus, ça en fait !
14 commentaires
Bonjour Laurent,
Je trouve ton blog par celui de Guillaume guillaumebuffet.typepad.c… et ça commence mal (!) car je suis sur presque tous les points OK avec toi. J’ai commencé moi même une modeste reflexion sur cette question web vs. marketing & pub, en fait web et Communication en général.
Désolé de me faire ma pub mais demain je publie un petit mot sur le sujet. Ca m’interreserait d’avoir ton avis et qu’on puisse rester en contact sur le sujet.
Didier : jesuisininadapte.blogspir…
a+
Guillaume, comme tu le dis, il ne faut pas penser en tout blanc ou tout noir. La télé, la radio, les pubs, le web, tout ça existe parce que ça répond à des besoins. Si ça cessait de répondre à des besoins, ça disparaitrait. Tant qu’il y aura des gens devant l’écran de télé, il y aura de la pub. Je pense qu’à terme, les entreprises (et pas seulement les entreprises) doivent investir plus intelligemment dans ce média en tenant compte de sa spécificité et que, jusqu’à maintenant, leur culture marketing c’est de voir Internet comme un bazooka à message de plus à leur disposition. Ce faisant, ils passent à côté de quelque chose.
Of course, je te laisse tout le temps pour réfléchir à tout ça… Je suis très impatient de voir ce que ça t’inspire…
Mais, sur ta première phrase: oui, je crois dans la capacité des gens à se servir de leur cerveau (ce qui n’exclue pas qu’ils aient des moments où ils ne s’en servent pas, comme tu le dis très bien). Et je constate que les marketeurs ont fort peu utilisé cette capacité qu’ont leur cibles, jusqu’à maintenant… Ils étaient focalisés sur ce que les masses médias leur permettent de faire. Tout ça doit évoluer.
Sur les études, je ne conteste pas que ça soit formateur. Je dis que ça ne démontre rien parce que les biais sont énormes et qu’on ne peut pas considérer comme scientifique une étude financée et réalisée par ceux qui bénéficient, comme par hasard, des résultats qu’elle obtient.
Merci pour ta franchise et ton ouverture d’esprit et de jouer le jeu. C’est très intéressant.
Laurent.
Didier,
Salut. Avec plaisir. Quand ton post est en ligne, fais-moi signe.
Laurent.
Salut Laurent,
Merci. Je commence ce matin par un truc général.
jesuisininadapte.blogspir…
Ensuite je fais une série de 4 / 5 articles "Com, Net & Ethique" un par jour pour pas lasser l’internaute. a+
Passé le grand moment de rigolade en lisant ton blog vient celui de la question cruciale…
Mais bon sang, pourquoi aucune entreprise ne met réellement ces bons conseils en action (créer du service sur le web plutot que gaver de messages) ? (Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayer de convaincre hein tu te souviens…)
Quand je dis "aucune" je grossis le trait à mon tour on est bien d’accord, mais je ne fais que respecter le style éditorial sur ton site mon Lolo.
Bref, pourquoi préférer marteler un message basic dans un cerveau lessivé plutot que fournir des services utiles à un cerveau en attente de satisfaction d’un besoin ?
Mais parce que c’est beaucoup plus facile… Bon, ok, le taux de transfert est ridicule mais franchement pour trouver des services utiles à proposer sur le web d’une societe X qui vend des chouingum (version québécoise pour le fun) il faut sérieusement se creuser les méninges. Alors que matraquer "C’est bon ! Mangez-en" avec une nymphette en bikini ca ne demande pas trop d’efforts (ni pour le prestataire ni pour le client…) et en plus ça ne change pas trop ses habitudes… Ah ! Le poids des habitudes mon pov’ monsieur…
En attendant que le gout de l’effort ne reviennent à la mode je crains qu’on voit de plus en plus de popup et de bannieres fleurir sur le sites.
Guillaume
PS: Qui a réellement compris ce qui fait le succès d’Amazon.com ? Chez un célèbre agitateur on a certes repris le design du site… mais on a laissé de coté quasiement tous les services associés qui font la force d’Amazon… sans parler du catalogue qui fait qu’Amazon génère 80% de ses ventes sur des livres qu’on ne trouve pas ailleurs. Vendre 80 livres différents plutot que vendre 80 fois le même livre … Là aussi pour un libraire il y a un sacré changement de paradigme…
Salut mon Guigui.
Je ne suis pas tout à fait d’accord avec toi. Je ne crois pas que faire du vrai web orienté contenu et utilisateur à des fins business soit plus difficile que de faire de la pub de base. Ce n’est pas plus difficile, mais c’est nouveau. Et la nouveauté, c’est un truc pénible. Surtout quand tu penses à court terme, avec des objectifs très précis et des marges de manoeuvres financières très étroites.
Ce que je crois, c’est qu’il est surtout plus facile de ne pas changer ses habitudes que l’inverse. Les marketeux sont paresseux. Savais-tu qu’il est écrit, au dos du diplôme de Sup de Co, qu’une fois dans la poche, ce papelard autorise officiellement à mettre son cerveau sur “off”… Et puis, on ne va quand même pas s’emmerder à penser à de nouveaux moyens de gagner un peu plus d’argent… Naaan, un jeu dangereux. Il va falloir réfléchir, convaincre les boss, (c’était quand, déjà, la dernière fois que quelqu’un l’a convaincu de quelque chose, le boss ?), etc. Pourquoi se casser le tronc ?
Pour le dire autrement, la résistance au changement, c’est une résistance qui peut chauffer toute la France pendant l’hiver… Et l’été, faut pas s’étonner qu’il y ait la canicule.
Il y a aussi un autre facteur, c’est que les patrons des marketeux et la plupart des marketeux ne vont sans doute pas vraiment sur Internet. Ils voient ça depuis Sirius. Amazon, ils n’y sont jamais allés (je veux dire vraiment, comme toi et moi). Ils préfèrent les librairies. Tu sais bien. Le “plaisir du livre”.
Et puis, il y a le conformisme. Ils attendent que d’autres fassent la démonstration de l’utilité de la démarche, ils sont sceptiques et suivistes. Ce qui intéresse le plus un marketeux, ce n’est pas une nouvelle idée, ce sont les idées de ses concurrents. Et comme ses concurrents font la même chose, ça finit par sentir le renfermé. Il y a, au fond, un problème générationel.
Ceci étant, des vrais entrepreneurs, il y en a. Enfin, il doit bien y en avoir. Quelque part. (<private-joke>Il te reste pas un Pr*zac à me refiler ?
Enfin, il ne faut pas oublier que tout ce dont je parle est valable pour sur certains marchés, mais pas sur tous. Tu ne peux pas vendre du yahourts ou des chips à la ménagère de moins de 50 ans avec une démarche contenus sur Internet. Car l’achat de chips n’est pas déterminé par une démarche cognitive. Par contre, tu peux le faire pour un voyage touristique, un bouquin, du bricolage, etc. Ca n’est pas si simple.
A+
Tu dis "(…) sur Internet je vais chercher des contenus alors qu’avec les médias classique on pousse des contenus vers moi. Dans un cas, je subi, pour le meilleur et pour le pire (Guillaume, as-tu regardé plus de 30 secondes la "Première compagnie" sur TF1 ?). Dans l’autre, j’agis. Dans un cas je consomme passivement du divertissement, dans l’autre je cherche activement de l’information. (…)"
Je ne suis pas d’accord. Je pense qu’on peut être actif ou passif devant la télé, et actif ou passif en surfant sur le web. Tout dépend du moment, de l’état d’esprit, du recul qu’on a d’instinct ou qu’on a appris à avoir.
On peut très bien chercher de l’info à la télé, ou du divertissement sur le web, non ?
Non, ne peut pas pas chercher de l’info à la télé. Ca ne veut pas dire qu’il n’y en a pas. On peut en recevoir (passivement). Mais on ne peut pas en chercher (activement). Si tu veux connaître les résultats du loto via la télé, tu dois attendre que cette information te soit envoyée par le canal que tu as choisi. C’est du push. Sur le web, si tu veux les résultats du loto, tu vas les chercher et tu les obtiens aussi vite que tu auras été efficace pour les trouver. C’est du pull. Dans un cas, tu es passif car tu te contentes d’attendre que l’information arrive à toi. Dans l’autre, tu es actif car tu cherches l’information.
J’ai peut-être été ambigu dans mon propos en utilisant le mot divertissement. C’est un terme trop vague. Disons plutôt qu’un programme de télévision, c’est un spectacle auquel on assiste, pas toujours à des fins de divertissement. Parfois à des fins d’information. Mais toujours de façon passive. Le web, c’est un outil qu’on utilise pour accomplir une tâche (trouver un information, résoudre un problème, faire quelque chose). On n’utilise pas -ou alors vraiment très rarement- les contenus d’une émission de télévision et on assiste rarement -très rarement- à un spectacle sur un site web.
Un internaute est un utilisateur. Quelqu’un qui regarde la télé est un spectateur (téléspectateur en l’occurence). Utiliser, c’est agir. Regarder et écouter, ce n’est pas agir.
Même avec tout le recul que tu veux, tu reste toujours passif dans la consommation d’un programme de télévision. Ca n’implique pas une absence de réflexion ou d’activité cérébrale. Dans mon esprit, ce n’est pas forcément négatif ou péjoratif. Je ne juge rien. Je décris.
Un spectateur dans une salle de théâtre est aussi passif qu’un téléspectateur devant sa télé. Ca ne veut pas dire qu’il est idiot ou rendu idiot par le spectacle. Ca veut dire que son mode de consommation est passif. Cette situation a des conséquences, notamment dans la façon dont il faut utiliser ces médias (web et télé) et surtout ne pas les confondre.
Je persiste et signe !
Je comprends tes arguments (du moins je l’espère), mais je ne suis pas convaincu.
1. Tout d’abord, peut-être qu’il faudrait préciser le genre d’émissions : tu parles du loto. Bon, mais je pensais plutôt à des films ou des documentaires.
2. Je te rappelle que sur certaines chaines de télé, tu peux choisir certains programmes (le pay per view)
3. On peut être actif devant une télé, j’insiste…
D’accord, on ne choisit pas l’heure et le jour de diffusion, mais si on possède un magnétoscope, ce qui me semble presque indispensable (étant donné que certaines chaines ont le génie de diffuser des émissions extraordinaires vers 1h ou 2h du matin. Sympa, non ?), on est encore plus actif.
Exemple : un étudiant en cinéma qui regarde un film, scénario en main. C’est pas une démarche active ? C’est sûr, ce n’est pas le cas le plus courant. Mais ça existe.
Tu dis : "Le web, c’est un outil qu’on utilise pour accomplir une tâche (trouver un information, résoudre un problème, faire quelque chose)."
C’est une utilisation parmi d’autres. On peut aussi flaner, et se laisser porter de lien en lien, basculer d’un journal intime à un nouveau moteur de recherche (qui se cherche ;-), puis un petit jeu en flash rigolo, et puis encore autre chose…
Ne me dis pas que ça t’est jamais arrivé, je te croirai pas.
Et puis, si on regarde un film sur son ordinateur, c’est de la télé ou du web ?
Tu prends aussi l’exemple d’une pièce de théâtre. Et c’est déjà très différent de la télé. Il y a un vrai échange entre des acteurs de théâtre et les spectateurs, qui peuvent réagir (rire, applaudir une belle tirade, faire des "ho !’ ou des "ha…", que sais-je, etc.)
Bref, je ne suis pas (tout à fait) en désaccord avec toi, mais je crois qu’il faudrait (beaucoup) nuancer.
Tu as raison de persister, et aussi de signer.
1. Tout type d’émission. Télévision = spectacle. Ca peut être un spectacle intelligent. Plein d’informations. Ca reste un spectacle. Car tu es un spectateur devant ta télé. Un téléspectateur. Que tu regardes La Ferme ou Thalassa. Tu reçois quelque chose. Un internaute sur le web utilise un site. C’est un utilisateur. Les anglo-saxons n’utilisent pas le terme “internaute”. Ils disent web user. User. Utilisateur. On utilise un site web. Si tu ne comprends pas cette nuance, et que tu conçois des sites web, tu commettras l’erreur classique de faire des sites “spectacles”. Alors que l’utilisateur n’est pas là pour assister à ton spectacle mais bien pour accomplir une tâche.
2. Et alors ? Ca change quoi ? Tu choisis ton spectacle. Une fois qu’il est choisi, tu y assistes.
3. Exemple du magnétoscope: tu es juste actif dans le choix de ton spectacle. Exemple de l’étudiant: 0,000001% des téléspectateurs ont cette attitude. Tu ne démontres rien. Argument du “web surfeur”: penser le web en s’imaginant que les internautes flanent en ligne est une erreur majeure. Ce qui peut arriver c’est de se laisser dérouter de son objectif initial. Mais on reste toujours un utilisateur beaucoup plus qu’un spectateur.
Si tu regardes un film sur ton ordinateur, tu n’es plus à proprement parler sur le web. Tu retombes dans le média de masse. Le web, c’est, globalement, l’utilisation de technologies normalisées par le W3C (définition toute personnelle et très criticable, je sais). Tout ce qui est radio-tv streaming, ça n’est plus du web, même si on y accède par le web.
On dirait que tu cherches à défendre la télé à tout prix. Mais je ne l’attaque pas. Ce que j’attaque, ce sont ceux qui croient qu’on peut penser le web comme on pense la télé: y faire de la pub comme à la télé, y baratiner comme à la télé, etc. Le paradigme télévisuel, radiophonique ou même de la presse écrite ne fonctionne pas sur le web. Car c’est un média différent qui, pour être efficace, doit être traité différemment. Avec les besoins des utilisateurs au centre du projet. Ce que Patrick Lelay fait avec TF1 (vendre du temps de cerveau disponible à Coca-Cola, voir aussi et aussi) est impossible sur un site web. TF1 peut te vendre à Coca pour que Coca t’injecte ses amphétamines de consommation parce que quand tu regardes la télé, tu es un spectateur, donc passif. En mode “réception”. Sur un site web, tu es en mode “action”. On ne peut rien t’injecter que tu ne veux pas vraiment. Ou alors, il faut être très très malin. C’est par exemple la démarche d’influence, qui sont des petits malins…
"Argument du "web surfeur" : penser le web en s’imaginant que les internautes flanent en ligne est une erreur majeure."
Je ne dit pas que les internautes flanent. Je dis simplement qu’ils PEUVENT le faire PARFOIS.
Je me base simplement sur ma propre expérience, qui n’est probablement pas une référence. Et de toutes manières, je n’ai aucun moyen de vérifier si je suis dans une hypothétique norme.
(Et très honnêtement, je m’en fous un peu
je devrais pas ? ah bon, autant pour moi…)
« On dirait que tu cherches à défendre la télé à tout prix » : ce n’est pas le cas, même si j’ai pu en donner l’impression. Mais comme je regarder assez rarement la télé, et donc pour regarder des choses précises, je dois être probablement assez atypique.
Ce qui me paraît plus important dans la différence web/télé, c’est le fait que sur le web, n’importe qui peut être "producteur", ce qui bouleverse pas mal d’habitudes et doit effectivement inquiéter tous ceux veulent garder la main mise sur l’information/la politique/la culture/autre (rayer les mentions inutiles
En y réfléchissant, j’ai peut-être trouvé ce qui a l’air de te chiffonner (tu m’arrêtes si je me trompe) :
Sur le web, au-delà de la distinction entre actif et passif, il y a celle entre producteur et "récepteur", et aussi celle entre auteur et spectateur.
Ces deux dernières distinctions se font rarement à la télé, et pour cause.
Mais là, on s’est éloigné de la question du webmarketing…
Nan, c’est pas ça. Ce que tu dis est vrai, mais ce n’est pas le point que j’abordais dans l’article. Je l’aborderai bientôt d’ailleurs. Ce qui me chiffonne, c’est qu’on utilise le web comme si c’était un média classique alors que ça n’en est pas un. Et que c’est très différent. C’est tout.
Le blog de rueducommerce.fr rueducommerce.fr serait-il le contre-exemple du faux-vrai-faux blog de Vichy “Le journal de ma peau” ? Rueducommerce.fr n’était jusque là qu’une simple boutique en ligne. Une bonne boutique, d’ailleurs. Une des premières à avoir pris au sérieux la…