Copains d’avant contre Facebook: Web 1.0 contre Web 2.0

Copains d’avant devient gratuit. Saluons la première victime française de Facebook. Pourtant Copains d’avant avait tout pour être une star. Que s’est-il passé ? On est passé du Web 1.0 au Web 2.0. C’est tout. Facebook et Google se font la guerre à coup d’API. Et Copains d’avant ? Va savoir…

Une série de trois articles reprenant quelques réflexions autour de Facebook, son modèle économique (la semaine dernière), le web 2.0 (aujourd’hui) et la protection de la vie privée (prochain article).

You know what ? I am API !

La nature ouverte de Facebook et fermée de Copains d’avant est l’autre grande différence entre ces deux sites.

Facebook propose en standard un ensemble de fonctionnalités ainsi qu’un certain nombre d’applications à utiliser avec ses amis. Les fonctionnalités permettent par exemple de créer et gérer mon propre profil, de trouver des amis et de les ajouter/retirer de ma liste, de gérer mes préférences de protection de la vie privée. Les applications consistent à gérer des groupes, des photos, des événements et d’acheter des cadeaux (virtuels, mais payants quand même).

Jusque là, on est proche de Copains d’avant (quoi que beaucoup plus agréable à utiliser).

Mais, comme Google, Yahoo, Amazon et les autres, Facebook a ouvert son API. Une API ou Application Programming Interface ou encore, en français “interface de programmation”. Il s’agit d’un ensemble de fonctions standard que des développeurs peuvent utiliser dans leurs applications pour échanger des données avec Facebook ou exécuter des actions dans Facebook. Grâce à cette API, n’importe quel programmeur peut écrire une petite (ou grosse) application utilisant les données de la base de données de Facebook et que tout utilisateur de Facebook peut installer dans son compte.

Cette approche est extrêmement puissante puisqu’elle permet à Facebook d’accroître très rapidement son offre d’applications sans avoir à supporter les coûts de développement associés. Il y a déjà près de 10 000 applications de ce genre, et ce sont elles, en grande partie, qui font le succès de Facebook. Par leur originalité et, souvent, leur caractère totalement superficiel (”Zombies : Bite your friends and make them zombies!”).

Là, on est très loin de la logique de Copains d’avant. Facebook se positionne comme un moteur de réseau social ou une plate-forme de réseau social que d’autres peuvent utiliser pour y offrir leurs services. Copains d’avant est un site fermé offrant uniquement un bouquet de services maison. C’est le web 2.0 contre le web 1.0.

Il faut cependant apporter une nuance à l’ouverture prétendue de Facebook. Alors que je peux exploiter les données d’Amazon, Yahoo ou de Google maps sur mon site web grâce aux API de ces sites (liste d’exemples pour Google maps), si je ne me trompe, on ne peut pas créer d’application Facebook en dehors de Facebook. Plus précisément, les applications tournent sur des serveurs extérieurs à Facebook mais l’utilisation est intégrée à Facebook. Les utilisateurs doivent par exemple impérativement passer par Facebook pour utiliser une application qui repose sur l’API Facebook. On est loin de l’ouverture d’Amazon ou de Google dont l’API peut être exploitée depuis n’importe quel site web, autorisant toute sortes de mashups ou application composite à base de données en provenance de différentes sources.

C’est sur cette nuance que s’organise la contre-attaque de Google contre Facebook. Pour bien comprendre l’enjeu, il faut recadrer un peu les choses.

Facebook n’est pas un réseau social

Pour vous, Facebook est peut-être un réseau social, et TF1 est peut-être une chaîne de télé.

Comme je l’ai expliqué dans l’article précédent, en réalité, Facebook peut être considéré comme un vendeur d’espace publicitaire ciblé. Les vrais clients de Facebook ne sont pas les internautes, ce sont les annonceurs. Le réseau social n’est là que pour permettre la vente d’espace à des annonceurs. Car pour vendre de la pub ciblée, il faut des visiteurs (qui voient la pub et cliquent dessus) et des données (pour cibler la pub). Ce modèle est le même que pour TF1, dont les vrais clients ne sont pas les téléspectateurs mais les annonceurs. La différence entre les 2 étant que TF1 n’a aucun moyen de cibler sa publicité.

Ce modèle permet à Facebook comme à TF1 d’être gratuit pour les internautes et les télespectateurs mais pas pour les annonceurs. Tant mieux, sans doute, puisqu’on n’a pas besoin de payer pour regarder Koh Lantah. Mais ce modèle a forcément des conséquences, nous y reviendrons peut-être un jour sur ce blog. Dites-vous simplement que l’intérêt de Facebook n’a pas nécessairement besoin de coincider totalement avec celui des internautes puisque l’argent de Facebook vient de la poche des annonceurs, et non de celle des internautes.

Dans le même esprit, Google est moins un moteur de recherche qui fait aussi les emails (Gmail) et les cartes (Google maps) qu’un vendeur d’espace publicitaire.

Ce qui revient à dire que Facebook et Google sont des concurrents, malgré le fait que Facebook ne soit pas un moteur de recherche ni Google un géant du réseau social. ils ont les mêmes clients et le même marché: l’annonce publicitaire ciblée. Tout espace de publicité ciblée acheté chez Facebook est potentiellement perdu pour Google, et réciproquement.

Il est donc intéressant de regarder ce que fait le géant Google pour contrer petit Facebook qui monte.

Google contre Facebook

Le 5 novembre dernier, Google a annoncé une nouvelle API appelée “OpenSocial” qui vise le même objectif que l’API Facebook mais en étant totalement ouverte là où l’API Facebook est ouverte à 98%.

OpenSocial (qui n’est pas le nom du programme de rénovation du parti socialiste français, rassurez-vous) fournit aux plate-formes de réseaux sociaux un standard commun d’API à offrir aux développeurs. Ainsi, si je développe une application qui exploite les données de Orkut, le réseau social de Google, je peux très facilement la proposer également pour LinkedIn, Viadeo, et autres partenaires de Google dans cette histoire.

Et Facebook ? Non, bien sûr, car l’API de Facebook est spécifique à Facebook. Elle n’est pas “open”. Comprendo ? “Plus open que Google, tu meurs”. Enfin, quand ça les arrange.

OpenSocial permet l’interopérabilité des réseaux sociaux pour les développeurs d’applications qui pourront les proposer sur des sites tiers. Demain, je pourrai mettre une application Orkut sur mon site web. Ca ne gêne pas Google, propriétaire d’Orkut, puisqu’il y a de grandes changes que les bandeaux de pub sur mon site web proviennent de Google Adsense… C’est autant de pub qui ne sera pas visible sur Facebook.

Voilà le talon d’Achille de Facebook. Facebook veut que les applications soient vues dans Facebook pour pouvoir y coller sa pub. Facebook n’est pas capable de distribuer la publicité ciblée sur des sites tiers. Google n’a pas ce problème puisqu’il est déjà leader dans la publicité ciblée distribuée (Google AdSense). Au contraire, OpenSocial augmente les bonnes raisons de mettre de la pub Google sur son site.

A terme, Google va certainement ajouter une couche de réseau social à l’ensemble de ses applications. Votre carnet d’adresse Gmail fera apparaître les amis de vos amis et leur statut par exemple. Vous pourrez directement faire apparaître dans Google maps les lieux où sont vos amis. Etc.

Et Copains d’avant dans tout ça ? Il va falloir innover sérieusement …

La suite, très bientôt, avec un petit article sur Facebook et la protection de la vie privée.

PS: à l’heure où j’écris ces lignes, je découvre un article surprenant sur Mark Zuckerberg, le jeune fondateur de Facebook. Le jeune milliardaire (potentiel) aurait, semble-t-il, quelques poursuites judiciaires malheureuses accrochées à son pantalon (article original). Ennuyeux, pour un business qui repose sur l’agrégation d’informations personnelles et donc sur la confiance et l’éthique.

3 commentaires

  1. Bruno ex Projetweb ;)
    Publié le décembre 6, 2007 à 12:36 | Permalink de ce commentaire

    Salut Laurent
    Tu devrais pas nous laisser orphelin si longtemps de tes analyses.
    J’en rafole toujours. Humour et serieux à la fois.
    J’adore ….

    A bientot

    Bruno

  2. zob
    Publié le décembre 12, 2007 à 3:44 | Permalink de ce commentaire

    Il était temps que tu te remettes à bosser, faignasse…
    Nico

  3. Publié le décembre 16, 2007 à 10:43 | Permalink de ce commentaire

    bonjour,
    es tu sur que copains d’avant est devenu gratuit ? Il y a toujours un espace payant copain+à 19,90 € par mois ?

2 Trackbacks

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