La documentation 2.0, voilà un concept qui me plaît. Des documentalistes-geeks, centrés utilisateurs, qui cherchent à ré-inventer leur métier sur la base de ce qu’Internet et les nouvelles pratiques du Web ont changé, c’est salutaire. Alors je leur dis: rassemblez-vous, et inventez ensemble.
Il y a quelques jours, j’ai co-animé avec ma camarade Véronique Mesguich du pôle universitaire Léonard de Vinci, une petite réunion de présentation du Web 2.0 à l’ADBS (un fameux “5 à 7″ de l’ADBS).
Le “web 2.0″, c’est le concept à la mode. En fait, il s’agit d’un concept fourre-tout dans lequel on peut mettre toutes les tendances innovantes du web, en particulier sur le plan des usages. Fondamentalement, la grande caractéristique du web 2.0, c’est le rôle central donné à l’utilisateur. Un site web 2.0, c’est un site web qui s’appuie sur des contenus ajoutés par les utilisateurs. Amazon, E-bay, Google, sont, bien entendu des sites web 2.0 par excellence, tout comme les blogs, les wikis et autres logiciels de partages de photo (flickr) , de vidéo, (youtube) etc. Vaisseau amiral du web 2.0: Wikipédia, l’encyclopédie libre et gratuite pour tout le monde, par tout le monde. Le Web 2.0, j’en parle aussi ici.
L’expression web 2.0 fait un tabac dans la blogosphère et s’est déclinée dans tout un tas de domaines comme synonyme d’”innovant”: marketing 2.0, identity 2.0, law 2.0, Media 2.0, Advertising 2.0, Democracy 2.0… et surtout library 2.0. Si vous êtes un charcutier innovant, ouvrez donc une “Charcuterie 2.0″. Tout est bon dans le cochon.
Comme l’a très bien dit Véronique, grâce aux blogs et à des plate-formes comme Agoravox, tout le monde peut devenir journaliste. De la même façon, avec Amazon, tout le monde peut devenir revendeur de livres, de CD, ou de micro-informatique. Avec e-bay, tout le monde devient vendeur de n’importe quoi à n’importe qui. Avec youtube, dailymotion, etc. tout le monde devient reporter vidéo. Alors, avec Google et tout ce que le web propose comme sources d’informations, tout le monde est aussi un peu (beaucoup) documentaliste. Forcément. Il y a de quoi s’interroger sur ce qu’est ce métier et qu’il peut bien apporter, c’est sûr. Mais ce n’est pas nouveau. Depuis 25 ans, on s’interroge sur l’avenir de la documentation, que, dans le désordre, l’informatique, le minitel, les bases de données, Internet et, aujourd’hui, Google, va faire disparaître.
Ceci étant, lors de cette petite conférence, Véronique a évoqué une jeune documentaliste qui a publié un CV de “documentaliste 2.0″. Et là, mes oreilles se sont dressées. De retour à la maison, je fais un tour sur le site de ladite Cécile Elwalid-Poupaert et, en effet, j’y trouve un CV très intéressant et surtout une démarche qui me réjouit.
Pourquoi ? Pour deux raisons. D’abord, parce que voici une documentaliste qui annonce la couleur. Les documentalistes 2.0, ce sont des “professionnels de l’info-doc, utilisant et maîtrisant les technologies de l’information et de la communication, tous un peu geeks sur les bords”. Voilà un positionnement qui me plait énormément. Oui, Cécile n’est pas la seule dans ce cas. Mais, à ma connaissance, c’est la seule à y aller franchement. A revendiquer un profil information / informatique, sans complexe. Et c’est très heureux.
Ensuite, parce que le concept de documentaliste 2.0 me semble très intéressant. Non qu’il y ait réellement des documentalistes 1.0 et 2.0, les anciens étant complètement arriérés et les nouveaux ayant l’avenir devant eux. Là n’est pas le propos. Ce qui me paraît très utile, c’est le parallélisme avec le contexte dans lequel le concept de Web 2.0 a été créé. L’idée est sortie à la suite d’un brainstorming pour la préparation d’une conférence où les intervenants s’étaient interrogés sur ce qui avait changé avec les nouvelles tendances du Web. Et, de ce brainstorming, il ressortait que tout avait changé: le web d’il y a 10 ans ou même 5 ans n’a plus rien à voir avec le web d’aujourd’hui. Non pas tant sur le plan des technologies que sur celui des usages. Et l’expression 2.0 est sortie naturellement de ce remue-méninge.
Donc, ce qui me plaît dans la notion de documentaliste 2.0, en dehors du côté décomplexé de la démarche, c’est qu’elle appelle à une réflexion sur ce que les nouveaux usages d’Internet changent pour les documentalistes.
Une documentation qui tiendrait compte de ces changements serait, à n’en pas douter, une documentation 2.0. Une nouvelle version, issue de la première, mais profondément centrée sur les nouvelles tendances lourdes de l’Internet.
Mis à part Cécile, je ne sais pas bien où sont les Documentalistes 2.0. Mais ce dont je suis sûr, c’est que ce sont les alpha-geeks de ce secteur, c’est que s’ils avaient la bonne idée de se rassembler, d’utiliser eux-mêmes les outils du Web 2.0 pour former une sorte de communauté “open source” afin d’avoir plus de visbilité, plus de force, et de créer cette intelligence collective qui est le fond du Web 2.0, ils pourraient … changer le monde (ou en tous cas, changer la documentation). Et, qui sait si le web 3.0 ne sera pas le résultat d’une initiative de ce genre…
Ps: Véronique Mesguich est co-auteur, avec Armelle Thomas, de l’ouvrage “Net recherche, le guide pratique pour mieux trouver l’information utile“, édité par l’ADBS.
Elle en parle (et très bien) en vidéo et audio sur le blog de Jean-Michel Billaut et dans cette interview du Journal du Net.
4 commentaires
Entièrement d\’accord avec vous! j\’ajouterai même la nécessité de partage entre documentalistes 2.0 et bibliothécaires 2.0. Il est vrai que 2.0 est souvent pris comme la querelle des anciens contres les modernes, mais comme vous le dites, il faut définir 2.0 au sens de web 2.0.
Je crois que les documentaliste 2.0 sont plus nombreux que l\’on croit, mais ne se sont pas nécessairement appropriés le terme, qui fait un peu \”effet marketing\” et qui est surtout utilisé à toutes les sauces, comme vous le faites remarquer.
Pour ma part, j\’ai une formation en gestion de l\’information (j\’insiste sur cette dénomination qui me semble moins réductrice que \”documentaliste\”), mais je maîtrise les langages HTML et CSS plus quelques bases en XML, je sais programmer en PHP-MySQL, j\’utilise au quotidien les flux RSS et je m\’intéresse de très près aux nouveautés du secteur des nouvelles technologies. Je ne pense pas être la seule dans ce cas, et votre appel au rassemblement est très intéressant : avis donc aux technophiles !
Cette étiquette 2.0 a un coté mode qui ne me plait pas trop ! S\’il faut définir cette nouvelle tendance dans nos métiers, je préfère geek ou même high tech !
Toujours est-il que, comme le fait si justement remarquer Aurélie, cette nouvelle espèce de documentalistes (et de bibliothécaires) est en pleine expansion
Vous pourrez le constater en allant consulter la liste des biblioblogs de Bibliopédia (belle initiatice web 2.0 d\’ailleurs…) : biblio.wikia.com/wiki/Bib…
Génial Bibliopédia. Je ne connaissais pas. C\’est très cool. Bravo à ceux qui sont à l\’origine de cette initiative.
Oui, c\’est sûr, on peut se méfier un peu du côté mode de \”2.0\”. Mais… je vous invite à bien lire le papier de Tim O\’Reilly et ce qu\’il met à l\’intérieur de ce concept. C\’est bien plus qu\’une mode… Être geek ou high tech, c\’est une (bonne) chose. Mais être \”2.0\” (pour conserver cette terminologie), c\’est être en phase avec les notions d\’orientation utilisateur, d\’architecture de participation, de read/write web, etc. La technologie, c\’est juste un moyen…