rueducommerce.fr serait-il le contre-exemple du faux-vrai-faux blog de Vichy “Le journal de ma peau” ?
Rueducommerce.fr n’était jusque là qu’une simple boutique en ligne. Une bonne boutique, d’ailleurs. Une des premières à avoir pris au sérieux la question de la confiance des internautes (charte, débit de la carte uniquement à l’envoi de la commande, etc.). Cependant, son catalogue était classique. On n’y trouvait pas spécialement plus d’information sur les produits que sur une autre boutique en ligne.
La nouveauté, c’est la rubrique “Tendance & actus” qui a toutes les caractéristiques d’un blog. Le mot “blog” n’y figure jamais, mais l’outil en témoigne: rueducommerce est “propulsé par dotclear” ! La logique du blog est donc bien présente et on peut faire des trackbacks sur les billets et laisser des commentaires. Mais ici pas de blogueuses “recrutées” pour témoigner de l’utilisation d’un produit sous le controle d’une équipe produit comme chez Vichy, mais des articles sur les produits ouvertement écrits par quelqu’un de la maison. Qui, il est vrai, n’est pas un fabriquant mais un détaillant, ce qui facilite les choses.
Je vois au moins deux avantages à cette démarche:
- elle accroit la visibilité du site sur les moteurs de recherche et auprès des internautes en général. Un internaute qui visite et apprécie les billets postés sur le site de rueducommerce aura une raison supplémentaire de prescrire le site à ses relations, par le bouche à oreille physique ou numérique, voire même, s’il est blogueur, avec des liens vers les articles. Lesquels augmenteront la visibilité du site sur Google (grâce aux liens en provenance des blogueurs) et, potentiellement, le nombre de nouveaux clients. Publier du contenu sur son site est le meilleur moyen d’augmenter sa visibilité sur le web.
- si, grâce à de bons articles, rueducommerce m’aide vraiment à choisir des produits, j’aurais tendance à apprécier cette aide et la relation entre moi et la boutique, si elle existe déjà, va s’enrichir d’une dimension supplémentaire, ou tout simplement s’établir si elle n’existait pas. Rueducommerce crée les conditions pour l’établissement d’une relation de lecteur à auteur qui pourrait se transformer en relation de vendeur à client.Or tout ce qui relie un commerçant à son client est un multiplicateur de ventes futures.
Mais attention, l’exercice est difficile. Car pour que tout ça rapporte, deux conditions sont nécessaires:
- les articles doivent être réellement utiles aux internautes. Ils doivent leur apporter quelque chose, éclairer vraiment leur lanterne. Ils ne doivent pas être lourdingues, peu informatifs, pas marrants à lire, etc. C’est ce que j’appelerais le défi du contenu utile. Des contenus, c’est bien. Des contenus utiles, c’est mieux. Un journaliste sait ce qui va intéresser ses lecteurs. L’intérêt du lecteur le guide dans la structuration de son papier et détermine les informations qu’il va publier ou non. S’il ne pressent pas les réactions du lecteur, il faut qu’il change de métier. Un vendeur dans une boutique fonctionne avec une autre logique. Saura-t-il parler des produits à ses clients de façon vraiment utile pour eux (et pas seulement utiles pour son chiffre d’affaire) ? A priori, il a aussi une bonne idée des attentes de ses clients. Mais il s’aventure dans un métier qui n’est pas le sien.
- les articles doivent être crédibles. C’est le défi de la confiance. Puis-je faire confiance à Pascal Thévenier (c’est lui) quand il me dit qu’il n’a trouvé aucun défaut au dernier téléphone Sony Ericson K750i ? Ou bien aurais-je plutôt tendance à penser que rueducommerce a négocié une bonne marge sur cette gamme, ou alors en a commandé un peu trop d’avance et va devoir les écouler rapidement ? Ou que le distributeur dudit téléphone a acheté à rueducommerce ce jugement fort positif ? Après tout, qui c’est ce type ? Peut-on lui faire confiance ?
Auparavant, avant d’acheter un ordinateur, par exemple, on achetait un journal, dans lequel des articles permettaient de se faire une idée sur son futur achat et certaines pubs de se faire une idée des prix. Bref, le prix du journal était le prix à payer pour avoir une information à peu près fiable pour faire son choix. Je dis “à peu près” car les annonceurs, en achetant de l’espace dans un magazine spécialisé, payaient eux aussi pour s’assurer que les articles ne seraient pas trop durs avec leurs produits. Pas officiellement, pas ouvertement, pas contractuellement. Mais, ne rêvons pas: la presse vit grâce à la publicité, c’est une réalité. L’indépendance de la presse est pondérée par le réalisme économique du patron du journal. Si une grande partie de la presse spécialisée est aussi peu intéressante, c’est parce qu’elle s’auto-censure pour protéger ses ressources publicitaires.
Bref, ce compromis permettait d’avoir une information “plutôt” indépendante.
Si les boutiques en ligne se mettent à publier des contenus à la façon de la presse, le problème de l’indépendance se pose de façon plus brutale. Va-t-on pouvoir lire sur le blog de rueducommerce.fr que l’ipod est un super produit mais qu’il vous lie pour toujours avec Apple et qu’il vaut mieux choisir un “vrai” disque dur lecteur mp3, comme le Gmni XS d’Archos ? En d’autres termes, rueducommerce va-t-il prendre le risque de se mettre à dos un important fournisseur au nom de l’intérêt du client (je n’ose pas parler de liberté de la presse, tant les frontières sont floues). Ou bien préférera-t-il s’autocensurer ? Laissera-t-il les internautes le dire dans les commentaires de son blog ? Ou bien, si Apple lui demande très fortement de ne rien publier sur ce sujet, se laissera-t-il faire ? Situation fictive, pour le moment…
Pour rueducommerce, il y a 3 possibilités:
- soit les contenus du blog jouent clairement le jeu des fabriquants et distributeurs de produits. Une boutique est d’abord un canal de distribution pour des produits. Dans ce cas, les clients se méfieront de ce blog comme ils se méfient des plaquettes marketing. Et le bénéfice du blog sera limité et n’apportera pas à la boutique cette dimension supplémentaire dans la “relation client” qu’un blog pourrait établir.
- soit les contenus du blog seront ouvertement indépendants. Après tout, une boutique est là pour conseiller les clients. Qu’il achète un Archos ou un iPod, l’essentiel c’est que le client achète, n’est-ce pas ? Mais comment la boutique pourrait-elle résister à quelques points de plus de marge offerts par un généreux fournisseur pour avoir un papier élogieux sur le blog ? L’indépendance paraît vraiment difficile à mettre en oeuvre dans ce contexte.
- soit les contenus du blog sont au milieu, dans une zone grise. Parfois critiques, parfois flatteurs. En fonction d’on ne sait quel critère, quelle accointance. Méfiance, méfiance…
Enfin, dans tout ce bazar, quel droit s’applique ? Mystère…
En tous cas, pour le moment, les articles du site rueducommerce.fr sont plutôt tendance “tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil”… Alors, finalement, Vichy - Rueducommerce: même combat ?
12 commentaires
Cher Laurent,
Je ne vous ai pas oublié du tout, je suis sous l’eau comme on dit…et je réfléchis encore à la juste réponse à vous apporter…pas évident !!!
Je rebondis sur la dernière phrase de votre article pour vous signifier combien votre analyse est juste…les blogs ‘rue du commerce’et ‘journal de ma peau’ se ressemblent beaucoup en ce sens ou ils sont crée pour faire le pont entre la marque et les consommateurs.
Vous pensez que la marque nous achète sous pretexte que nous avons apprécié le produit dans la grande majorité des cas.
Cela dit, si vous allez sur le blog Vichy aujourd’hui, vous constaterez en lisant les commentaires et certaines notes que nous avons mis en avant des points non favorables à la marque.
Ensuite, l’équipe a changé…plus de bloggeuses mais des conso-testeuses comme je les appelle.
Enfin, ce que je constate au travers de vos écrits, c’est une grande méfiance envers les marques.
En résumé, vous pensez sans doute que nous sommes payés pour faire de la langue de bois.
Or, il n’en est rien.
Pour ma part, mon travail consiste à doper les échanges sur le journal de ma peau, donner des conseils, écrire des articles de fond, ce dans le but d’accompagner les consommatrices d’un produit spécifique : le kit de microdermabrasion.
Je comprends que vous accédiez au langage du blog de la rue du commerce , la technique doit vous parler plus si je puis dire.
Je me posais donc la question suivante : si vous étiez interessé par la cosméto, quelle raison vous empêcherait de venir me poser des questions sur le blog Vichy?
Je vous assure que je ferai mon maximum, avec l’équipe bien sur, pour répondre à l’ensemble de vos interrogations "beauté", sans vous vendre la marque en plus
Faisons l’essai si vous le voulez, j’en serai ravie.
Alors, à très vite?
"Si les boutiques en ligne se mettent à publier des contenus à la façon de la presse, le problème de l’indépendance se pose de façon plus brutale." : Pourquoi ?
Thierry: c’est expliqué dans le paragraphe du dessous… Faut-il que je sois plus clair ?
Bon, je suis probablement long à la détente…
Je pense comprendre tes arguments, mais je ne pense pas que nous courrions un grave danger.
Tu as un ton un peu alarmiste (soit dit sans méchanceté), du moins c’est l’impression que tu donnes.
Et, au pire, s’il nous débarque plein de blogs publicitaires sur le web, on aura toujours à démêler le vrai du faux, comme on a toujours dû le faire avec la presse traditionnelle, et avec le web.
Je persiste : la seule différence (de taille) que je vois entre le web et les autres médias, c’est que sur le web, tout le monde peut être auteur ou "producteur" de quelque chose.
Mais c’est une opinion qui n’engage que moi…
Bonjour,
"Puis-je faire confiance à Pascal Thévenier ?"
Oui, vous pouvez. C’est le responsable du site http://www.tt-hardware.com qui teste du matériel !
Cordialement,
Frédéric KLOTZ
RueDuCommerce
Cool. Dommage de ne pas valoriser ça en en parlant sur le site…
Depuis 10 ans, je gère TT-Hardware où je publie des avis éclairés. Etre crédible n’est-il pas capital pour un rédacteur ? La crédibilité se gagne suite à de nombreses années de travail mais peut se perdre en quelques jours… Est-ce intéressant ? Non, pas du tout !
Je connais bien mieux les technologies que les marges ! Ce qui m’importe à l’issue d’un guide, c’est que l’acheteur puisse faire son choix sur base de critères techniques. Après, il lui reste à trouver le produit et le meilleur prix mais ce n’est plus mon travail.
Pour le K750i : forum.tt-hardware.com/ult…
Bonjour Pascal,
Nous sommes bien d’accord. Mais ce qui m’intrigue, c’est la nature de ta relation avec rueducommerce car rien n’est précisé sur le site (en tous cas je n’ai rien trouvé). Existe-t-il un lien contractuel entre toi et rueducommerce ? Es-tu rémunéré ? Comment garantis-tu ton indépendance rédactionnelle ? Les contenus sont-ils visés par rueducommerce avant d’être publié sur leur site ? Etc.
Je ne cherche pas à critiquer ta démarche. Au contraire. Pour moi, c’est tout à fait précurseur de la tendance à venir : les entreprises ont besoin de contenus, les blogueurs en produisent. Il est logique qu’ils se rapprochent. Ce qui m’intéresse, c’est de voir (anticiper ?) les problèmes que cela peut poser, à plus long terme.
Indépendamment des questions juridiques, il me semble que des questions éthiques se posent. Le blogueur devient une sorte de journaliste ayant son propre journal qu’il syndique ici ou là. Il a donc un pouvoir (influence sur les ventes) et pourrait être l’objet de pressions (plus ou moins amicales). La déontologie du journaliste est relativement claire et juridiquement encadrée. Quid de celle du blogueur pro ou semi-pro ?
A moins que le site TT-Hardware ne soient rien d’autre que la propriété de rueducommerce SA (http://www.tt-hardware.com/ml.txt, je viens de le trouver en rédigeant cette note) auquel cas mes questions n’ont pas de sens… et on peut vraiment s’interroger sur l’indépendance du blog. Que penserait-on d’un journal qui, en même temps, vendrait les produits qu’il teste ?
Bref, le flou artistique n’est pas propice à établir franchement la confiance…
commetn faire pour un blog
Journal de ma peau : dialogue avec la "Blogueuse en chef"
Sophie Kune, “blogueuse en chef” du Journal de ma peau, me fait le plaisir de dialoguer avec moi dans les commentaires de mon billet à propos du “blog” de “rueducommerce.fr”. J’apprécie sincèrement la démarche. Je réponds ci-dessous à ses remarques…
Bonjour,
Pascal est partenaire de RueDuCommerce tout comme Hardware.fr l’est de LDLC
Cela n’implique pas forcément une dépendance rédactionnelle.
Il est totalement libre, et même géographiquement tout comme moi d’ailleurs distant de notre siège.
Ainsi nous faisons nos métiers librement, tout en étant au service de l’entreprise, lui en tant que testeur et animateur de TT, moi en tant que médiateur.
Ainsi, je ne pense pas que le fait d’être proche ou d’appartenir à une entreprise soit forcément facteur de dépendance.
De mon côté, en tant que médiateur et ancien membre d’associations de consommateurs, je juge toujours les dossiers et litiges en mon âme et conscience et ai toujours eu carte blanche. Et tout le monde en a toujours été satisfait, clients comme patrons. Parce que notre entreprise est différente, transparente et indépendante.
Bien à vous,
Frédéric KLOTZ
RueDuCommerce
merci pour toutes les bonnes infos